24 mai 2018

Réduire l'exposition aux matériaux chimiques chez les pompiers

Réduire l'exposition aux matériaux chimiques chez les pompiers

Il est reconnu que l'incidence du cancer est plus élevée parmi les pompiers que chez la population en général malgré leur forme physique supérieure.

La lutte contre les incendies continue d'être parmi les professions les plus dangereuses mais les moins étudiées en termes d'expositions et de leur relation avec les maladies professionnelles. L'incidence du cancer semble être plus élevée chez les pompiers par rapport à la population générale. Dans la plupart des provinces canadiennes, la législation présomptive reconnaît même certains cancers comme des maladies professionnelles chez les pompiers malgré le manque d’études permettant de comprendre tous les liens de cause à effets. Étant donné que de nombreux cancers ont une composante environnementale, l’exposition professionnelle des pompiers aux produits de la combustion du carbone, tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), est préoccupante. La peau des pompiers peut être exposée aux produits chimiques par perméation / pénétration des sous-produits de la combustion à travers l'équipement de protection individuelle (EPI) ou du transfert croisé des contaminants sur les EPI vers la peau.

Bien qu'il soit évident que les organes respiratoires des travailleurs du service des incendies soient le plus à risques, pour les nombreux produits de combustion toxiques émis lors d'un incendie, la protection contre la contamination cutanée a été beaucoup moins étudiée.

Les petites particules de combustion (≤ 1 μm) et les composés semi-volatils peuvent traverser les couches de vêtements de protection des pompiers par perméation et par pénétration à travers les interstices et autres imperfections. En ce qui concerne les vêtements des pompiers, les deux types d'infiltration sont pertinentes car il existe un manque général de résistance ou de capacité d'absorption pour limiter le passage des produits chimiques en suspension dans l'air. En outre, les mouvements d’air fréquents en raison de la perméabilité à l'air du tissu et de l'absence de joints combinés à des mouvements corporels intensifs pendant les exercices permettent aux particules nocives de se déposer sur la peau malgré les vêtements de protection.

Un nombre croissant de preuves a montré que les pompiers ont un risque accru de cancer et d'autres maladies graves par rapport à la population générale, en partie en raison de leur exposition à des composantes chimiques dangereuses de la fumée. L'Université d'Ottawa a récemment procédé à une étude dont les résultats montrent, entre autres, que les pompiers d'Ottawa avaient entre trois et cinq fois plus de produits chimiques toxiques dans leurs urines après un incendie que lors d'un incendie. Et, plus significativement, l'étude suggère que les produits chimiques sont entrés dans leur corps principalement par contact avec la peau.

Cette étude n’est pas la seule à arriver à ce constat. Plusieurs autres études récentes indiquent que l'absorption par voie cutanée de produits chimiques en suspension dans l'air pourrait jouer un rôle beaucoup plus important qu'on ne le pensait auparavant. Les substances nocives en cause seraient principalement les hydrocarbures polycycliques aromatiques (HPA), des substances classifiées comme ayant le plus haut potentiel cancérogène selon l’échelle de toxicité de l’EPA aux États-Unis.

Les simulations de «plongée» dans la fumée ont établi l'importance des voies multiples d'inhalation et d'absorption cutanée. Des études ont montré que même un appareil respiratoire autonome (APRA) porté et évalué comme étant pleinement opérationnel est contaminé dans les 25 minutes suivant son utilisation dans des situations de lutte contre les incendies. Ces résultats signifient l'accumulation de substances toxiques dans les vêtements et équipements à usage répété, entraînant une augmentation de l'exposition toxique des pompiers par leur EPI. Le cou est le site principal d'exposition cutanée et le casque de protection n'offre qu'une protection minimale à cet endroit. Lorsque les pompiers retirent leur équipement, l'exposition par voie cutanée et par inhalation persiste au contact de contaminants.

Pour minimiser les risques associés à l’exposition aux particules toxiques, il est important de réduire l'exposition des pompiers aux particules de combustion notamment en réduisant le temps que les pompiers portent leur combinaison et manipulent le matériel contaminé après l’exposition à la fumée.

Réduire l’exposition aux HAP chez les pompiers:

 La première étape est d’implanter un processus de décontamination. Par exemple, avant même d'enlever les respirateurs, les travailleurs doivent retirer la combinaison de protection contre les incendies, y compris les vêtements portés sous la protection ignifuge ainsi que les autres tissus contaminés qui sont en contact avec la peau. Les matériaux utilisés lors de la lutte contre les incendies doivent être conservés dans des compartiments séparés dans le camion et les pompiers doivent porter des vêtements propres avant de retourner à la caserne de pompiers

Comme les HAP sont extrêmement volatiles, il est important de porter tout l’équipement de protection, incluant le casque et le respirateur même lors de travaux à l’extérieur.

Les couches de vêtements supplémentaires sous la protection ignifuge peuvent augmenter les facteurs de protection. Par contre, l'ajout de ces couches de vêtements perméables permet l'accumulation de contaminants dans ces tissus. Retirer rapidement ces vêtements peut être bénéfique pour réduire le risque d'exposition cutanée prolongée.

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