8 août 2019

Comment développer un programme de protection de l’ouïe (HCP)

Comment développer un programme de protection de l’ouïe (HCP)

Notre sens de l’ouïe est au cœur de la façon dont nous communiquons et expérimentons le monde, comment nous restons conscient de notre environnement, et donc, de notre sécurité. Lorsque la perte d’audition devient une réalité bien trop fréquente et que les impacts sur les individus sont à long terme et irréversibles, les entreprises doivent intervenir et prendre des actions préventives.

La prévention de la perte d’audition est fondamentale au programme de protection de l’ouïe. Les différentes étapes du programme sont de mesurer, examiner, ajuster, normaliser, contrôler et évaluer.

Les causes de la perte d’audition et la perte d’audition due au bruit

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 5 % de la population mondiale souffre d’une perte de l’ouïe invalidante qui va de la difficulté à entendre la parole jusqu’à la surdité. Cette perte est influencée par des facteurs hors de notre contrôle comme la génétique, les maladies et l’âge, mais aussi par un facteur qui peut être maîtrisé, c’est-à-dire l’exposition excessive à un bruit fort.

La perte d’audition due au bruit est la cause la plus commune de blessure évitable. Pour être considérée comme une perte d’audition due au bruit, la perte doit notamment posséder les caractéristiques suivantes : permanente et progressive, bilatérale (affecte les deux oreilles), indolore, trauma invisible, stade précoce imperceptible et cumulative avec chaque exposition.

Chaque année, l’impact économique mondial de la perte d’audition due au bruit pour les entreprises est estimé à750 milliards de dollars américains et continue de s’accroître puisque la perte de l’ouïe en milieu de travail augmente aussi le risque de blessures accidentelles (les travailleurs éprouvant des troubles d’audition ont deux fois plus de chance de souffrir d’une blessure accidentelle que ceux qui entendent correctement).

La perte d’audition due au bruit survient dans un large éventail d’industries, mais les travailleurs dans certaines d’entre elles sont davantage exposés à des niveaux sonores dangereux. Ces industries sont l’agriculture, les mines, la construction, le secteur manufacturier, les services publics, les transports et les forces militaires.

Si vous relevez un des problèmes de bruit dans votre milieu de travail comme indiqué ci-dessous, il est temps de mesurer le bruit environnemental.

  1. Sifflement ou bourdonnement dans les oreilles de l’employé après une exposition à des sons forts.

  2. Communications entravées (les employés doivent crier pour se faire comprendre d’un collègue se trouvant à un bras de distance).

  3. Perte temporaire de l’audition après avoir quitté le travail.

Étape 1 : Mesurer

La surveillance des niveaux d’exposition au bruit est la première étape de la prévention de la perte auditive. Selon les normes de l’OSHA, un programme de la préservation de l’ouïe est nécessaire chaque fois qu’un employé est exposé à un niveau sonore équivalent ou supérieur à la moyenne pondérée sur une période de 8 heures et un niveau de 85 décibels mesuré sur une pondération A ou, de façon équivalente, une dose de cinquante pour cent.

Les employeurs doivent surveiller tous les employés exposés à un bruit excédant 85 dB en 8 heures, incluant les sons continus, intermittents et impulsifs entre 80 et 130 dB.

Il existe deux méthodes utilisées couramment pour surveiller les niveaux de bruit :

  1. Échantillonnage d’une zone à l’aide d’un sonomètre : une lecture instantanée ou continue du niveau de bruit dans une zone spécifique pendant une période déterminée. Cette mesure est précise seulement si les niveaux sonores sont constants.

  2. Échantillonnage personnel à l’aide d’un dosimètre de bruit (appareil personnel de surveillance à l’exposition au son) : le microphone du dosimètre est attaché près de l’oreille du travailleur et mesure de façon continue le son pendant une période d’échantillonnage. La lecture démontre la moyenne de bruit équivalente pour la période d’échantillonnage.

Les deux méthodes mesurent une exposition non protégée; une estimation de l’exposition protégée doit être effectuée à l’aide du taux d’atténuation du bruit pour un protecteur auditif. Puisqu’il est impossible de savoir le niveau de protection fourni par une protection auditive pour le travailleur, une telle estimation est donc simplement une hypothèse.

La meilleure méthode est de mesurer directement l’exposition protégée d’un individu grâce à la surveillance intra-auriculaire de l’exposition au bruit.

La surveillance intra-auriculaire mesure et enregistre l’exposition au bruit protégée actuelle du travailleur au cours d’un quart de travail complet. Cette technologie fournit une surveillance en temps réel pendant la journée de travail et avise le travailleur lorsque le niveau de bruit s’approche ou excède les limites sécuritaires.

Étape 2 : Examiner

L’évaluation de la perte auditive exige aussi un examen des audiogrammes, des données de protection auditive et de l’historique clinique du travailler. Les audiogrammes sont un moyen courant d’évaluer la sensibilité auditive des travailleurs dans le temps. Ces tests effectués dans les six premiers mois suivant la première exposition au bruit de l’employé (audiogramme de référence), et chaque année par la suite, constituent un registre des seuils auditifs du travailleur à différentes fréquences au fil du temps.

Un seuil entre 0 et 25 dBHL est considéré comme normal pour une adulte.

  • Une perte auditive légère survient de 25 à 40 dBHL

  • Une perte auditive modérée survient de 40 à 55 dBHL

  • Une perte auditive modérée à sévère de 55 à 70 dBHL

  • Une perte auditive sévère de 70 à 90 dBHL

  • Une perte auditive profonde de 90 dBHL et plus

Selon la réglementation, les audiogrammes et leurs résultats doivent être rendus disponibles à tous les employés, et ce, sans frais. Ils doivent aussi être conservés pour toute la durée d’emploi et un programme de suivi devrait être mentionné si une référence est requise pour de nouveaux tests.

Étape 3 : Ajuster

Le programme de protection de l’ouïe demande un enregistrement de l’efficacité des protecteurs auditifs. Un essai d’ajustement fournit des métriques concrètes pour déterminer si les employés sont protégés de façon optimale contre les bruits présents dans leur environnement, si une formation additionnelle est requise ou si un modèle différent de protecteur auditif est nécessaire.

Les tests des bouchons d’oreilles aident les responsables de la sécurité ainsi que les employés. Pour les responsables, ils répondent aux exigences réglementaires pour la formation et la documentation. Pour les employés, cela démontre l’importance d’une protection adéquate dans le lieu de travail ce qui les aide à choisir et comparer les protecteurs afin de faire le meilleur choix pour leurs oreilles et les applications spécifiques. Aussi, il offre un feedback sur ce que l’ajustement doit avoir l’air et la sensation que l’utilisateur devrait ressentir.

Étape 4 : Normaliser

L’American National Standards Institute (ANSI) promulgue des normes de consensus utilisés pour informer à propos des règlements. Dans le OSHA Hearing Conservation Amendment, les normes ANSI sont invoquées pour étalonner les audiomètres utilisés au cours des tests annuels, et pour les sonomètres utilisés pour la surveillance des niveaux de bruits.

L’OSHA émet des règles spécifiques pour la tenue des registres et l’industrie en général, incluant les méthodes pour estimer la justesse de l’atténuation du protecteur auditif et l’étalonnage acoustique des audiomètres.

Étape 5 : Contrôler

Les contrôles d’ingénierie et administratifs sont les premières actions à prendre lorsque les expositions aux bruits excèdent les niveaux prescrits. Les contrôles d’ingénierie réduisent l’exposition au son en modifiant ou remplaçant l’équipement, ou en effectuant des changements physiques à la source du bruit ou du moyen de transmission. Les contrôles administratifs comprennent des actions telles que donner des pauses dans un endroit calme aux employés exposés aux bruits ou faire une rotation des employés entre les espaces de travail bruyants et silencieux afin de les protéger aux expositions prolongées au bruit.

Parfois, les contrôles administratifs à eux seuls sont efficaces pour réduire le bruit et résoudre le problème. Si les contrôles administratifs et d’ingénierie ne sont pas applicables, pratiques ou suffisants pour réduire le bruit à des niveaux acceptables dans l’environnement de travail, l’employeur doit fournir aux employés la protection auditive appropriée. Au moins un type de bouchon d’oreilles et un type de protecteur d’oreilles doivent être mis à la disposition des travailleurs.

Trouver la protection auditive appropriée

Il y a quelques aspects clés à considérer au moment de choisir le bon protecteur auditif.

  1. L’environnement. Le climat exerce une influence sur la sélection des protecteurs auditifs – les protecteurs d’oreilles sont habituellement plus appropriés aux climats plus froids par exemple. Le type de travail effectué devrait aussi être considéré : est-ce qu’un moyen de communication est requis ou est-ce que le bruit est intermittent, demandant d’enfiler et de retirer fréquemment la protection auditive? Est-ce que les travailleurs manipulent des matériaux qui sont poussiéreux, huileux, corrosifs ou caustiques? Est-ce que la détectabilité de matières étrangères est un processus nécessaire? Quels autres EPI doivent être portés avec la protection auditive?

  2. L’indice de réduction de bruit (NRR : Noise Reduction Rating) est une estimation de la moyenne de réduction ou d’atténuation du niveau de bruit fournie par la protection auditive dans un environnement contrôlé en laboratoire. Cette mesure n’est pas un indicateur précis de la protection d’un individu résultant de l’exposition au bruit.

  3. Le taux d’atténuation personnel de l’utilisateur (PAR : Personal Attenuation Rating) de l’essai d’ajustement individuel. Le taux d’atténuation individuel est la valeur actuelle mesurée pour un ajustement individuel de bouchons d’oreilles. L’essai d’ajustement de la protection auditive est une pratique exemplaire de l’OSHA et est présentement la seule façon de connaître le niveau d’atténuation qu’un travailleur individuel peut recevoir de sa protection auditive.

  4. Ajustement facile et insertion confortable pour les travailleurs. Ces aspects ont un impact important sur l’efficacité de la protection auditive. Si le protecteur auditif n’est pas confortable, il est moins susceptible d’être porté – ou porté correctement – et ainsi offrir une atténuation du bruit pour lequel il a été conçu.

Types de bouchons d’oreilles

Les bouchons d’oreilles offrent un joint étanche du canal auditif. Ils sont offerts avec différents indices de réduction du bruit (NRR) pour différents niveaux de bruit. Ils peuvent être jetables ou réutilisables.

Les bouchons d’oreilles en mousse sont abordables, efficaces et faciles d’utilisation. Ils s’adaptent à la forme du canal auditif et changent de façon dynamique selon les mouvements de la mâchoire comme lors de la mastication ou si l’utilisateur parle, etc. C’est ce qui les rend particulièrement efficaces, et l’une des raisons pour lesquelles ils offrent l’atténuation la plus importante de tous les protecteurs auditifs.

Les bandes auriculaires sont des bouchons d’oreilles connectés à une bande flexible et conviennent aux travailleurs qui entrent et sortent fréquemment d’endroits bruyants. Ils sont portés sous le menton et peuvent être mis autour du cou lorsqu’ils ne sont pas utilisés.

Les bouchons d’oreilles détectables sont conçus pour avoir une visibilité et une détectabilité maximales par différentes méthodes dans des environnements de traitement où la contamination par corps étrangers doit être évitée.

Peu importe les matériaux, les bouchons d’oreilles sont les plus efficaces lorsque l’utilisateur a été formé pour leur utilisation et insertion.

Types de protecteurs d’oreilles

Fabriqués avec des coquilles rigides et des coussinets souples qui forment un joint d’étanchéité autour de l’oreille, les protecteurs d’oreilles viennent en une variété de formes et de tailles. Les trois concepts les plus communs sont : serre-tête, monté sur casque et serre-nuque.

Afin de bloquer le bruit efficacement, une bonne étanchéité entre le coussinet d’oreille et la tête est essentielle. Tout espace offre un accès direct pour le son sans bénéficier de l’atténuation fournie par le protecteur.

Pourquoi choisir un protecteur d’oreille plutôt qu’un bouchon d’oreille?

Il est plus facile de parvenir à un ajustement adéquat avec des protecteurs d’oreilles. Cependant, les bouchons d’oreilles offrent une réduction du bruit bien plus grande lorsqu’utilisés correctement. Obtenir la profondeur d’insertion appropriée est un défi en soi. Les autres avantages des protecteurs d’oreilles comprennent le port pendant l’exposition intermittente à du bruit et davantage de chaleur dans les environnements froids. Les protecteurs d’oreilles peuvent être portés avec des appareils auditifs et ont une plus longue durée de vie. Toutefois, en comparaison, les protecteurs d’oreilles peuvent devenir inconfortables lorsque portés pendant de plus longues périodes de temps et être incompatibles avec d’autres EPI, comme les casques de sécurité ou les lunettes de protection.

Dans certaines situations, les EPI doivent maintenir la conscience de la situation environnante, faciliter la communication et préserver la capacité de discussion tout en protégeant l’ouïe.

Étape 6 : Motiver

Les meilleures protections auditives ne servent à rien si elles ne sont pas portées ou le sont de la mauvaise façon.

La meilleure motivation pour un travailleur de porter une protection auditive ou le porter correctement est s’il comprend bien les impacts à long terme de la perte d’audition due au bruit. Discutez avec les employés des effets de la perte d’audition due au bruit et expliquez les résultats annuels de leurs audiogrammes et des répercussions. Affichez de l’information sur le bruit et les niveaux de bruit ainsi que les conséquences sur l’ouïe.

Offrez de la formation pour vous assurer que l’équipement de protection auditive est bien ajusté et correspond à l’environnement de travail.

  • Récompensez les travailleurs qui respectent les règles et aident leurs collègues

Les formations individuelles sont aussi efficaces pour éduquer les travailleurs sur la façon d’utiliser et d’entretenir les EPI.

Étape 7 : Évaluer

Afin de s’assurer que le programme de préservation de l’ouïe fonctionne, la dernière étape est d’évaluer la performance en sollicitant les commentaires des employés et en examinant les dossiers et les responsabilités.

Pour en apprendre plus sur la façon dont SPI Santé Sécurité peut vous aider avec ce problème sérieux, contactez-nous.

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